vendredi 21 septembre 2007

Vous voulez rire! (dédicacé à Nezha, mon grand gourou de l'autodérision et à Med)


J’ai décidé d’écrire aujourd’hui sur le rire, le fou rire, le sourire, car j’ai longtemps réfléchi à la contingence, au pourquoi du comment, (et j’étais comme la fille de la pub « Perle de Lait » qui fait la grimace car son yaourt est trop acide). Et finalement, j’en suis arrivée à la conclusion que le seul idéal qui valait la peine d’être poursuivi avec toute l’intensité et la foi possible, c’était le rire. Le rire absolu, le rire fondamental, total, inconditionnel. Rire de tout, de tous, et d’abord de soi même (et là je suis devenue comme la fille de la pub qui sourit en dégustant son Perle de Lait si doux)
Qui a dit que la pub c’était la lobotomisation du cerveau ? Au contraire, c’est vachement métaphysique, il suffit d’ouvrir les yeux en se bouchant les oreilles.
Alors vous me taxerez d’hédoniste, oui sûrement, même si j’ai une tendance à l’auto flagellation, ou alors de nihiliste (quelle idée !) moi je préfère dire que je suis tout simplement une « laugh-addict ».
Donc le sujet est vaste, les références nombreuses, et comme l’a écrit Henri Bergson en 1900 : « Les plus grands penseurs, depuis Aristote, se sont attaqués à ce petit problème, qui toujours se dérobe sous l’effort, glisse, s’échappe, se redresse, impertinent défi jeté à la spéculation philosophique. » - Le Rire : Essai sur la signification du comique.
Mais bon je prends une grande inspiration et je me lance.
Dans ma grande bonté, je vous passe le fameux « le rire est le propre de l’homme » de Rabelais, car ça reste à prouver cette histoire…
Moi, j’aime à croire, à l’instar des québécois, que le sens de l'humour a été donné aux hommes pour les consoler de ce qu'ils sont. D’où ma super citation que j’adore plus que tout, merci Charlie Chaplin « To truly laugh, you must be able to take your pain and play with it! »
Eh oui, ce qui est encore plus génial que le rire (parce que vous connaissez tous l’histoire des hormones de plaisir provoquées par le rire, et que le rire c’est bon pour la santé etc etc), c’est L’AUTODERISION, le seul salut possible mes amis en ce bas monde empli de bruit et de fureur. « La tragédie stimule le sens du ridicule, car le ridicule est une attitude de défi : il faut rire de notre impuissance face aux forces de la nature. » Charlie Chaplin - Ma vie.

Je crois que je dois être un peu bouddhiste aussi, car le bouddhisme est une tension constante vers la conscience éveillée. La méditation c’est l’observation de soi même, et la distanciation. On se transforme en super-reporter de notre vie, et qu’est ce que c’est marrant !!

Alors rions de nous-mêmes, à chaque instant, pour vivre enfin, car exister, ce n’est pas suffisant.

jeudi 20 septembre 2007

Le Rideau



Il paraît que la vie est une grande pièce de théâtre ou un film, avec une scène, des acteurs, des coulisses, des premiers rôles et des seconds rôles, des bons et des méchants, et un rideau qui tombe à la fin et ça, ça vaut pour tout le monde, les premiers rôles comme les seconds rôles, les bons comme les méchants.

Moi ce que je n’aime pas dans cette pièce de théâtre, c’est la distribution des rôles. C’est vrai pourquoi y’en a qui ont des super répliques du style Rhett Butler qui se fait toutes les belles filles même Scarlett elle y passe, ou du genre Clint Eastwood qui dit : « vient on va régler ça dehors» et toute la salle applaudit et d’autres qui disent deux mots et s’en vont disparaître dans les coulisses dans l’indifférence générale…

Le pire c’est pour les souffleurs, ils sont là pour corriger les erreurs de texte de Rhett Butler et Clint Eastwood et tout le monde s’en fout , le public ne les voit même pas et pourtant imaginez comment ça plomberait l’ambiance si Rhett Butler se mettait à dire à Scarlett «viens on va régler ça dehors !»

Et puis ce que je n’aime pas non plus, c’est cette histoire de rideau qui tombe systématiquement à la fin alors que ben dès fois on aimerait mieux qu’il tombe pas le rideau. Tu vois, par exemple comme quand Scarlett se retrouve à Tara à la fin du film, nous on aimerait bien savoir si elle arrive à la faire pousser sa canne à sucre sans ses esclaves !

C’est ça quoi, finalement le rideau il tombe quand il veut, quand ça l’arrange, et nous, on est même pas consulté, remarque il est ptet pas si bête le rideau, dès fois je crois qu’il doit sentir que ça merde, il préfère arrêter les dégâts.
C’est comme une sorte de grand arbitre de chaise, de là haut il est omniscient.
De toutes les façons, "la vie est une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un fou" (W. Shakespeare) et finalement, heureusement qu'il y a un rideau qui tombe à la fin.

Moulay...



Ils reposent entre deux bras de mer, la lagune et le lagon, le féminin et le masculin
La lagune et le lagon font l’amour, veillés par les hautes dunes de sable doré, formées de millions de particules de coquillages, fragmentés au fil des millénaires.

Des millions de tout et de rien.

La haute falaise projette son ombre immense sur l’eau dormante, déridée par un sillage dans l’eau, celui de la barque du pêcheur qui rentre s’amarrer.

Les phares des voitures zèbrent le sol

Et là bas au loin, l’ouverture vers la haute mer…

Et le marabout en haut sur la dune, lui cela fait longtemps qu’il repose, j’aimerai bien connaître l’histoire de Moulay Bousselham, il faudrait que je demande à maman…

Et de retour à la maison, un cortège de voitures et des klaxons de liesse, et la toute petite fille aux cheveux bouclés qui court après les voitures en criant « l’aroussa, l’aroussa… »

El le flot humain qui se déverse sur les quelques centimètres carrés de bitume, le crépitement des pépites dans la poêle du marchand, les tongs de toutes les couleurs made in China, je me demande si les ouvriers de Shanghai savent que la tong précise sur laquelle ils ont œuvré va atterrir sur l’étal d’un marchand ambulant au Maghreb, au Maroc, pour être acheté et porté par Karima de Cergy Pontoise en vacances à Moulay Bousselham…

Ca respire la santé et la fécondité Moulay Bousselham, on voit qu’on est un pays jeune, 70% de la population est âgée de moins de 25 ans disent les statistiques…beaucoup de jeunes mecs bronzés, forts, qui déambulent en short et marcel fluo, et plein de filles aussi en bandes et les groupes mixtes se forment en bas du boulevard autour de la grande fontaine après plusieurs allers retours au préalable , sourires en coin, petits compliments glissés en un frôlement, regards de biais, la parade de la séduction.

Et plein d’enfants aussi, pendus aux bras de leur mère, rampant, pleurant, mangeant, dormant, assez primaires les enfants finalement…

L'été à Moulay Bousselham



C’est l’été, mon été, pourquoi emploie on le possessif quand on est très heureux ?

Tu es mienne, c’est à moi, c’est ma chose, mon trip, ma joie, mon désir, mon amour,
Toujours ce foutu instinct de propriété, qui remonte aux hommes préhistoriques.

Ce désir de s’approprier les choses, les lieux, les gens…

Le summum de l’humanité raffinée: partager

La route, je vais partir.
Certains lieux peuvent être des buts, presque des raisons de vivre qui donnent confiance en un avenir possible.
Moulay Bousselham… mon rêve de soleil, les grains de sable sous mes orteils, la brûlure du sable quand je dévale la dune, le flux et le reflux de l’océan quand je m’endors, la douce chaleur de ma peau cramée par le soleil, la fraîcheur du drap.

J’ai le cœur qui va exploser de bonheur.

Et cette lumière qui donne envie d’aller vers elle, de la laisser nous envahir, je suis un rayon, une particule, une onde, une vague, l’écume et le ciel, j’explose je me pixellise, je n’ai plus d’axe, plus de centre de gravité, plus de terminaisons nerveuses.

L’écume des jours.

Et le sang du ciel qui s’embrase, c’est nul de raconter un coucher de soleil, c’est tellement beau qu’il ne faut rien dire.

Et la nuit, bleutée, givrée, noire, grande, profonde : t’es rien. Terriens, nous sommes une poussière d’étoiles.
Et le marchand de karmouss qui me sourit et me tend le fruit de la terre, doux et amer comme la vie.

Et le matin tout recommence, encore encore, J’veux du soleil, J’suis qu’un enfant qu’aurait grandi trop vite dans un monde en superplastique, j’veux du crade, du sale, du vrai…

Je veux manger les crevettes en m’en mettant plein les doigts, je veux la barque et le pêcheur édenté, la lagune alanguie, la vie en flamands roses…

Une nuit au Manhattan


Jeudi 4 août 2005
23 heures


Des corps mêlés, de la sueur, du sang qui coule dans leurs veines ; quel est le point commun entre tous ces gens ?
Regroupés en un même endroit, écoutant la même musique, leurs sensations sont pourtant toutes différentes.

Avec pour tous l’envie d’être là, l’euphorie du départ, de la nuit qui commence…

00 HEURES

Le temps s’écoule doucement, des amours se créent, des amours se dénouent…

Il y a ceux qui veulent voir, ceux qui veulent écouter, ceux qui veulent parler, ceux qui veulent boire, ceux qui veulent danser, ceux qui veulent aimer, ceux qui veulent oublier, ceux qui veulent s’amuser, ceux qui veulent rire et ceux qui sourient alors qu’ils ont envie de pleurer, ceux qui chantent, ceux qui veulent gagner et ceux qui s’en foutent de perdre, ceux qui papillonnent autour des tables à la recherche d’un coup d’un soir, et ceux qui sont là sans très bien savoir pourquoi…

Bagdad Café et tout d’un coup je ne maîtrise plus rien, l’espace de cette chanson, je veux tout oublier, y croire en dépit des interdits de la vie des « il ne faut pas » « ca ne se fait pas »
C’est la musique du hasard, un cri dans la nuit, I am calling you

2 HEURES
Et de nouveau la vie,
Hoba Hoba Spirit et leur énergie vitale sur scène, leur énergie qui envahit tout mon corps, je saute, je suis en apesanteur, je suis en safari sur la lune…

Et de nouveau je suis dehors, l’odeur du jasmin, Anouar qui me dit « le sexe, il y a ceux qui en parlent et ceux qui le font et à ce moment il me paraît urgent de me taire ».
Anouar me fait rire, c’est un alien qui aime l’opéra.

Je suis là dehors, je n’ai plus aucune notion du temps, tout s’est dilué dans l’alcool, Gris Gerrouane, bière, Vodka, tout est mélangé, comme moi.
Je suis mélangée, diluée, concentrée, sucrée, amère, douce et acide.

JE SUIS UN SHAKER HUMAIN

Finalement le bonheur c’est le dosage harmonieux, l’équilibre.

LA RECHERCHE DU COCKTAIL PARFAIT

La vie est un long plan séquence qui va de la naissance à la mort, ou comme cette nuit du coucher du soleil à l’aube, du premier verre à l’ivresse totale.
De temps en temps on aimerait couper certaines scènes au montage

Non finalement je ne vais rien censurer, je suis tout ça, ces moments que je regrette, ces non-dits, ces silences, ces erreurs, je suis tout ça et je suis là dehors, et je sais et je ne sais pas.

La vie est une question d’inspiration, la vie est une inspiration suivie d’une expiration ;) Et je ris de penser ça tandis qu’Aicha me parle d’Essaouira, qu’Anouar me parle de voiliers

Au suivant…

Réda m’a parlé de Procter, parfait prototype du jeune cadre dynamique, il m’a dit qu’il était hyper heureux d’avoir redressé les ventes de Tide à Marjane, il cherche désespérément à plaire et appartenir à quelque chose, un groupe, une organisation, d’ailleurs il m’annonce fièrement « on est là ce soir entre proctériens ! »

04 HEURES DU MAT APPPROXIMATIVEMENT

Et je ris avec Anouar, la sortie et on chahute comme deux grands gosses, on se bouscule, on est saouls il veut aller à droite et je veux aller à gauche, et tout d’un coup son miracle de voiture, Coccinelle 1970, si belle. Tu aimes les femmes mûres Anouar, mais elle est jeune elle a résisté à tout et elle s’offre à nous avec ses sièges blancs, immaculés comme une vierge encore. Et le départ, et le voyage dans Casa la nuit, dans la jolie coccinelle bleue. La rue dort bercée par le ronronnement du moteur, la ville fantôme, un petit moment volé, le souffle d’un autre temps, dans une voiture immortelle.

Et chez moi, le vin encore et M, je n’ai jamais pu te réécouter, je t’ai remisé aux oubliettes, mais ce soir j’ai la force et Anouar aime M, et c’est un moment différent.

Et l’aube qui arrive
7h00 du matin, j’ai sommeil je sombre je rêve.

La Sonate de Vinteuil


Elle est là et elle te manque déjà.
Les premières notes te frôlent et déjà la douleur de l’absence.
Elle t’enlace, se glisse autour de toi, t’emmène vers un pays infini où le temps n’existe pas.
Et pourtant avec violence, tic tac, les secondes défilent sur l’écran phosphorescent.

Et interminablement elle est là, et inéluctablement elle s’en va, elle va mourir et tu vas mourir avec elle.
Déjà l’agonie, le dernier souffle, l’orgasme de plaisir.

STOP

Et tu auras beau appuyer encore et encore sur la touche PLAY, ce moment n‘existera plus, la première écoute ne se répétera jamais.
Et c’est sans doute ce qui est beau dans la vie…
L’EPHEMERE.

La connerie, c'est la décontraction de l'intelligence (Serge Gainsbourg)



Un appartement boulevard Gandhi.
Vendredi 4 août 2005.
2 heures du matin.

Plusieurs personnes assises, elle sort sur la terrasse, s’allonge sur le gazon et regarde les étoiles, de pauvres étoiles palottes, un succédané de ciel, le ciel pollué des grandes villes, elles lui disent « souviens toi comme on étaient belles à Sidi Ifni là où les hommes n’ont pas encore tout gâché »

Elle revient dans le salon et s’assoit à côté de quelqu’un, on ne lui donnera pas de nom, pour les besoins de la narration, on dira juste « quelqu’un », c’est toujours mieux que personne ;)

Il : Tu es romantique ?

Elle : Ce n’est plus à la mode d’être romantique.

Il : tu sais, Il ne faut pas toujours suivre la mode, il faut être soi-même…bla bla bla.

Elle : …silence… et elle pense : « c’était de l’autodérision, il n’a rien compris, out d’office »


Aujourd’hui c’est un de mes meilleurs amis, je suis d’une arrogance…

Danse: l'expression verticale d'un désir horizontal (Boeda)


Lundi 08 août 2005 - 18 heures

La danse.
Corps à corps
Volupté dermique
Grâce

Le mouvement.
Le flux et le reflux
Tu me prends, je te contre…
Volte face

Le jeu.
Vrai, faux, bluff
Reine de cœur contre valet de pique
Personne ne remporte la mise
Faites vos jeux, rien ne va plus…


Le souffle.
Tu m’inspires, je t’expire
J’exhale le plaisir
Je m’asphyxie de toi
Et c’est Absolument divin, cet oxygène 


Le basculement.
Cambré, tendu à l’extrême, à se briser
Arqué, définitivement à moi

La puissance.
Les mains, reins plaqués contre bassin
Violence du choc
Inéluctablement mien

Le regard.
Iris noir, cercle avide, pupille dilatée
Tu fouilles en moi
Intensément tienne


La musique.
Lascive, brutale, folle et aiguë, brûlante
Diabolique et angélique, la putain et la sainte
Multiple et unique

Jamais vaincus, jamais soumis.

C’était le Tango.


(texte écrit en écoutant Lunatico Gotan Project sur la terrasse de Moulay B)