vendredi 19 octobre 2007

Hommage à ma grand-mère Lalla Mina Temsamani















J'ai perdu ma grand mère aujourd'hui.

Elle est morte dans son sommeil pendant la nuit.
Je suis entrée dans la chambre où elle reposait,
Elle avait l'air tout simplement endormie...

Je ne verrais plus jamais ses yeux gris perle,
cette couleur si spéciale, la couleur des nuages juste après l'orage.

La petite fille de Ouazzane s'en est allé...trois petits tours et puis s'en vont.

Elle avait le verbe prolifique, des talents incroyables de conteuse.
Elle me racontait des histoires de loups, d'enfants perdus dans de sombres forêts,
et j'en redemandais, ravie et terrorisée à la fois,
et elle recommençait jusqu'à ce que je m'endorme.

Elle avait la main verte, sa maison était toujours fleurie,
les plantes l'aimaient et elle les aimaient tellement.
Je me souviens qu'elle faisait pousser des patates douces dans des bocaux en verre
sur le rebord de la fenêtre de la cuisine,
Elle avait aussi un jardin d'herbes aromatiques,
et quand elle venait chez nous, on allait dans le jardin,
et elle m'aidait à cueillir les mûres.

Elle me chantait ma chanson "lalla zouhour lyassamine..." en tapant des mains
et je dansais, ravie d'être sa petite star.

Elle voulait que j'étudie bien,
mais elle ne comprenait pas pourquoi je n'étais pas médecin, avocate ou architecte.


Elle se chamaillait tout le temps avec ses enfants,
à les houspiller à chaque instant,
mais au fond ils adoraient tous ça.
Et ses petits enfants, elle les gâtait
et nous glissait des billets de 100 dh à chaque visite.


Pour elle, la vie c'était le mouvement,
et quand est venue l'heure de l'immobilité,
elle a dépéri, elle s'est fanée, et elle est partie....

A sa façon, elle disait:
"Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?"
(Le Cid Corneille)

D'une intelligence vive, maligne,
Elle a gardé une mémoire prodigieuse jusqu'à la fin...
Insomniaque, elle ne s'endormait qu'au petit jour,
après avoir écouté sa petite radio portative pendant des heures
en rêvant à ses montagnes natales,
à son mari mort quand elle était encore si jeune,
à tous ces voyages qu'elle avait fait,
à ses amis qui n'étaient plus là,
et je sais aussi qu'elle pensait beaucoup à nous,
et se faisait du souci pour chacun.

Et cette nuit, elle est partie tout doucement, sans faire de bruit...

Je suis si triste, il fait plus sombre dans ma vie,
Naîvement pour moi elle était invincible, un roc,
Quelqu'un qui serait toujours là pour moi,
et qui m'aimerait toujours de manière inconditionnelle.

Alors à ma manière, je lui ai dit au revoir tout à l'heure...
et je lui dis adieu maintenant.
Lalla je t'aime, merci d'avoir ensoleillé mon enfance et veillé sur moi,
Merci pour ton amour.

Je pleure en écrivant, je regarde l'écran à travers une brume liquide...

Et ses vers me reviennent:

Il a demandé à la vie :
Quand seras-tu mon amie ?
Elle a répondu :
Quand tu seras ami avec la mort.