Rabat Agdal, Dimanche
17H55 J'arrive à la gare, tout pimpante, toute contente de mon timing parfait.
17H56 Sur l'écran tout nouveau tout beau de la fare toute nouvelle toute belle, je regarde avec satisfaction l'horaire affiché du train pour Casa Port 18H05.
18H00 J'ai acheté mon ticket (en première classe évidemment)
18H03 Je suis sur le quai N°1, beaucoup de monde, mais rien d'inquiétant.
L'écran du quai indique que les wagons première classe se situent en tête du train.
Je marche toute fringuante tirant ma grande valise à roulettes vers le bout du quai.
18H05 L'écran affiche un retard de 15 mn, c'est pas bien méchant me dis-je.
J"en profite pour aller boire un chocolat chaud au café de la gare.
18H15 Je suis de retour sur le quai, à l'endroit indiqué, bien disciplinée. Beaucoup de monde, ça commence à devenir inquiétant mais mon billet 1ère en poche, je suis rassurée. La foule c'est pour la 2ème classe c'est bien connu
18H20 Oualou
18H25 Oualou
18H30 Sur l'écran, comme par magie le train de 18H05 s'est transformé en celui de 18H35. Ah ils sont fortmes compatriotes, c'est du grand art, ils sont encore plus fort que David Copperfield.
La foule est dense
18H35 Le train arrive. Pas de wagon 1ère en tête du train.
Je m'élance pour une course de l'extrême, je slalome entre les bagages, les humains qui s'agglutinnent devant les portes. Ma quête: trouver le wagon 1ère, mon havre de paix.
18H40 Je le trouve, il ets bondé, les gens sont entassés pêle mêle.
18H41 Je poursuis ma course vers la queue du train. Mon espoir: un 2ème wagon 1ère classe.
ma valise sur les talons, la sangle de mon sac d'ordi m'étrangle, j'ai du dire au moins 99 pardons, et toujours pas de wagons 1ère. Le Wagon 1ère dans un train de retour de l'aid, c'est une légende urbaine, un mythe, un mirage. Douloureuse prise de conscience.
18H43 Je monte dans un wagon ou plutôt j'escalade, je grimpe, je m'aggripe, je lutte. Ce n'est plus Rabat Agdal, c'est Bogota.
18H44 Un monsieur badgé ONCF nous demande à nous sardines-humaines agglutinés de faire de la place à un autre passager.
On lui répond qu'il n'y'en a plus.
Il ajoute "non mais laissez-le juste se mettre debout" Comme si une fois le train parti, cet énième passager allait miraculeusement s'évaporer!
18H45 Le train démarre. J'ai du mal à respirer, j'ai un pied sur l'autre, j'ai chaud, il y'a une densité humaine d'une personne par 25 centimètre carrés.
Là je me dis, qu'à cet instant, il vaut mieux aimer l'humanité.
Un jeune homme à ma gauche se pousse pour me permettre de respirer. J'en suis toute bouleversifiée, que dis-je émotionnée!
Je le remercie en lui offrant un hall cerise.
18H48 On parle. je suis dans le son, il est dans l'image. Cameraman pour TV5. Il me parle d'un voyage prévu en Afrique du Sud et me propose d'y aller avec lui. Décidément ce trajet ets de plus en plus surréaliste.
18H55 Des enfants sont transportés par voie aérienne, au dessus des têtes, pour rejoindre les toilettes du wagon. Tout le monde est solidaire. les bras se tendent pour tenir les enfants. Je souris.
19H15 Gare de Mohammedia. Une voyageuse en djellaba et foulard se transforme en basketteuse de la NBA, elle envoit sa valise vers la porte, que dis-je elle shooote! et elle entre dans la mêlée pour se frayer un passage vers la sortie.
Le caméraman, mon compagnon d'infortune doit descendre, mais il me propose de m'accompagner jusqu'à Casablanca pour m'aider avec ma grosse valise. Quel gentleman, quel dévouement, Une proposition légèrement indécente tout de même, mais ça me fait sourire.
19H20 Alleluia, je trouve une place assise
Je n'ai jamais autant apprécié un siège de ma vie. Je m'y assois comme si c'était un fauteuil Morose ou Capellini.
PART II
19H50
20H00
Arrivée triomphale à Casa Port.
Nouveau marathon de l’extrême pour atteindre la sortie.
Les taxis rouges sont pris d’assaut par une foule déchainée
On se croirait dans un marché : qui veut Maarif ? Derb Ghallef, Quartier des Hôpitaux ? Abdelmoumen ? Moulay Youssef ? Ca ce sont les produits stars, les best sellers à Casa Port.
Racine extension, ça a moins de succès.
Je tente une percée, je me retire, tente une autre percée et me retire.
Je sens l’odeur de l’océan tout proche, et ça me calme.
20H10
LE MIRACLE. Une gentille dame en djellaba propose de me raccompagner. Son fils doit venir la chercher. J’accepte avec joie. Je suis émue de la solidarité des gens dans l’épreuve.
21H
Home sweet home.
Malgré mes protestations, le fils de la gentille dame insiste pour porter ma valise jusqu’à la porte de l’immeuble. Je me confonds en remerciements, la dame veut me donner son numéro de téléphone, au cas où j’ai besoin de quoi que ce soit., moi demoiselle de Rabat seule dans la grande ville. Je suis émue, je ne sais pas quoi dire.
100 km de sueur, de crampes, d’échange et d’entraide.
Les marocains sont capables du meilleur et du pire.
Et souvent, dans le pire, ce sont les meilleurs !
Mais le meilleur version moroccan touch, c’est cool à savourer, et ça fait du bien au cœur.
Je me souviens maintenant pourquoi j’ai quitté Paris.