mercredi 9 mars 2011

...Et je danse


J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ;des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse.

Arthur Rimbaud -Les Illuminations

J'aime comment il nous conduit vers le "Et je danse." Il tend un fil, et on le suit.

Il évoque un monde et il apparait.

Avec les mots, il tisse une toile, avec les voyelles il construit un monde, avec le rythme il lui donne vie.

Les premières phrases sont la musique, et c'est sur ces premières notes que l'on danse.

Il est le funambule,

celui qui danse sur un fil tendu entre rien et tout, et qui fait de rien un tout.

mardi 1 mars 2011

L'insoutenable légèreté de l'être



Il est des soirées légères comme des pluies d’été ou comme un sac plastique marjane qui flotte sur un terrain vague…
On est bien sans savoir pourquoi.
Des moments de grâce où peut être le corps est en harmonie avec le corps, toute dualité périmée.
Sans raison particulière, un vague sourire permanent sur les lèvres, on attend que ça se passe.
Conjonction favorable des astres, verseaux ascendant vierge, on est vierge de tout souvenir, on est une page blanche ou peut être beige je ne sais pas très bien…

On est là et on attend que ça se passe dans l’espace physique, latitude et longitude confondues, dans ces moments je ne situe pas très bien mon abscisse et mon ordonnée ou peut être que je les situe très bien justement.

Je suis une équation résolue, plus d’inconnue, plus de x et de y, la vérité est là tout simplement et je suis là, je suis ma propre raison d’être et les autres sont ma raison d’agir.

Mon rayon d’action est infini, je peux regarder les gens, participer aux conversations, rire aux expressions d’Otty : « Do I look a bit stoned ? If I do please tell me, I need to know »
Je peux avoir un fou rire aux blagues d’Anouar au téléphone : un mec va voir un prêtre et lui dit « mon père j’ai pêché, j’ai fait l’amour à ma femme 23 fois la nuit dernière » et le prêtre lui répond « mais mon fils ce n’est pas un pêché de faire l’amour à sa femme » et l’homme de répondre « mais 23 fois mon père, il fallait bien que je le dise à quelqu’un !! »

Les philosophes ont trouvé un nom pour qualifier l’état d’angoisse et de questionnement lancinant qui nous traverse la plupart du temps quand nous ne sommes pas dans cet état de légèreté ; ils appellent ça contingence, ce qui veut dire en des termes moins savants que nous ne savons pas à quoi nous servons en ce bas monde ni pourquoi nous sommes venus au monde.
C’est vrai finalement, dans une société où tout est planifié, prévu établi à l’avance, préemballé et mis sous cellophane, personne n’est foutu de briefer le bébé à la naissance sur son destin, son rôle…
Alors qu’il suffirait de remettre à chaque bébé un retroplanning avec dates, délais à respecter, actions à entreprendre…un truc bien foutu à la MS Project.

Remarque nos ancêtres ont bien essayé avec l’astrologue, qui à la naissance d’un enfant calculait son thème astral et définissait son avenir, mais bon ce système devait être foireux puisqu’on l’a abandonné en clamant haut et fort l’absence de déterminisme, résultat des courses on est dans l’indéterminisme, autrement dit dans la merde.

Heureusement, même si Dieu devait être vraiment énervé on nous foutant un pied au cul hors du paradis parce que cette grande grue d’Eve a avalé la pomme, comme si elle pouvait pas manger un abricot à la place celle là, on aurait été bien tranquilles, il nous a quand même donné ces nuits de légèreté, où on ne sait toujours pas à quoi on sert mais au moins ON S’EN FOUT !

Tiens ressert moi une vodka rien que pour ça, notez bien que cet état de légèreté dont je vous parle ne doit rien aux cinq vodkas citron que j’ai avalé, preuve en est que quand vous avez le blues, les cinq mêmes vodkas vous aurait fait vous écrouler sur le comptoir en racontant votre mère au barman, qui en a entendu d’autres d’ailleurs…

Alors mon p’tit gars profite bien de cette soirée, car comme l’a dit un mec très bien « bois du vin, c’est tout ce que la jeunesse a à offrir, sois heureux un instant, cet instant c’est ta vie »

- Mais vous venez juste de dire que cet état de légèreté n’a rien avoir avec l’alcool !

- Et ben si j’ai dit ça c’est qu’on est sacrément dans la merde mon p’tit gars…un on ne sait pas pourquoi on est venu au monde, deux on ne sait pas à quoi on sert et trois on est complètement bourrés, et à mon avis le trois ne va pas nous permettre d’élucider le un et deux ; putain je ne me sens plus du tout léger là…

Eté à Moulay B.




C’est l’été, mon été, pourquoi emploie on le possessif quand on est très heureux ?

Tu es mienne, c’est à moi, c’est ma chose, mon trip, ma joie, mon désir, mon amour,
Toujours ce foutu instinct de propriété, qui remonte aux hommes préhistoriques.

Ce désir de s’approprier les choses, les lieux, les gens…

Le summum de l’humanité raffinée: partager

La route, je vais partir.
Certains lieux peuvent être des buts, presque des raisons de vivre qui donnent confiance en un avenir possible.
Moulay Bousselham… mon rêve de soleil, les grains de sable sous mes orteils, la brûlure du sable quand je dévale la dune, le flux et le reflux de l’océan quand je m’endors, la douce chaleur de ma peau cramée par le soleil, la fraîcheur du drap.

J’ai le cœur qui va exploser de bonheur.

Et cette lumière qui donne envie d’aller vers elle, de la laisser nous envahir, je suis un rayon, une particule, une onde, une vague, l’écume et le ciel, j’explose je me pixellise, je n’ai plus d’axe, plus de centre de gravité, plus de terminaisons nerveuses.

L’écume des jours.

Et le sang du ciel qui s’embrase, c’est nul de raconter un coucher de soleil, c’est tellement beau qu’il ne faut rien dire.

Et la nuit, bleutée, givrée, noire, grande, profonde : t’es rien. Terriens, nous sommes une poussière d’étoiles.
Et le marchand de karmouss qui me sourit et me tend le fruit de la terre, doux et amer comme la vie.

Et le matin tout recommence, encore encore, J’veux du soleil, J’suis qu’un enfant qu’aurait grandi trop vite dans un monde en superplastique, j’veux du crade, du sale, du vrai…

Je veux manger les crevettes en m’en mettant plein les doigts, je veux la barque et le pêcheur édenté, la lagune alanguie, la vie en flamands roses…

Des poupées et des soldats...

Les petites filles aiment les poupées
Les petits garçons aiment les soldats

Les grandes filles aiment les soldats
Les grands garçons aiment les poupées




Et moi petite,
Je n'aimais ni les poupées, ni les soldats.

Ce qui signifie...que je suis perdue pour la cause !
LOL


* Collages à partir de photos www.deviantart.com